II ) L'aérodynamisme du véhicule
1. Qu'est-ce que l'aérodynamique ?
Très simplement, on dira que l'aérodynamique est l'étude de l'écoulement de l'air autour d'un corps, le plus souvent un véhicule aérien ou terrestre. En effet, tout fluide s'écoulant sur une surface matérielle exerce sur celle-ci des actions de contact (pression et frottement) dont la résultante sur l'ensemble du corps est une force appelée "résultante aérodynamique". En Formule 1, l’aérodynamique est primordiale, c'est pourquoi l'industrie automobile s'est dotée d'autant de moyens pour permettre aux aérodynamiciens de se consacrer pleinement au perfectionnement des véhicules.
La vitesse de la monoplace dans une ligne droite est l'un des domaines les plus aisés à perfectionner. La difficulté en Formule 1 réside dans le fait que la trajectoire des circuits qui n'est pas constituée uniquement de lignes droites. Il faut donc arriver à créer une monoplace qui soit capable de ralentir le moins possible dans les virages tout en gardant un bon potentiel d'aération permettant d'assurer le refroidissement des pièces du moteur ainsi que des freins soumis à un échauffement intense.
On sait que tout objet se déplaçant dans l’air à une certaine vitesse est soumis à plusieurs forces générées par l'air (pression et frottement). On les appelle les forces aérodynamiques.
Une monoplace de Formule 1 à l'arrêt subit deux forces : le poids et la réaction du sol. Lorsque celle ci se met en mouvement, quatre forces s'ajoutent: la traînée, la traction, la résistance au mouvement et la portance.
Voici les deux forces que subit la voiture de Formule 1 lorsqu’elle est à l'arrêt :
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Le poids : il correspond à la résultante des forces exercées sur un corps au repos à la surface de la Terre. Il est dirigé vers le bas et sa direction est le centre de la Terre (gravitation). Cette force nommée P est appliquée au centre de gravité de la voiture.
Pour calculer cette force, il faut utiliser la formule suivante du poids en N (newton) : P = m.g avec :
--> m : masse de l'objet (en kg)
--> g : intensité de la pesanteur (en N/kg).
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La réaction du sol : il s'agit d'une force qui s'applique aux points de contact de la voiture avec le sol, c'est-à-dire au niveau des zones de contact entre les quatre pneumatiques et le sol. Sa direction et sa valeur sont celles du Poids, son sens est opposé.
Lorsque la voiture de Formule 1 est en mouvement, d'autres forces entrent en jeu :
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La traction : cette force permet à la voiture de Formule 1 d’avancer. Elle est crée par le moteur, qui la transmet alors aux deux roues arrière dans le cas d'une voiture de Formule 1. On parle d'une traction 4x2, contrairement aux tractions 4x4 pour lesquelles la transmission se fait à l'ensemble des quatre roues. Le vecteur représentant la traction, a pour direction une ligne parallèle au sol, et pour sens l'arrière vers l'avant.
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La résistance au sol : elle possède les mêmes points de répartition que la réaction du sol c’est à dire les points de contact entre les pneumatiques et le sol, cette force possède une direction parallèle au sol et de sens opposé au mouvement. Cette force s'exprime en newton et se calcule à l'aide de la formule suivante : Fr = P.m', avec :
--> P : poids (en N)
--> m' : coefficient de résistance au roulement
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La résistance à l'air ou trainée : elle s’applique au centre de gravité du véhicule. Son sens est de l’avant vers l’arrière. Sa direction est parallèle au sol. Il s’agit en langage commun des frottements de l’air, donnée que les écuries de Formule 1 cherchent à limiter en permanence.
La traînée s'exprime en newton selon la formule suivante : Tr = ½ × S × ρ × V² × Cx, avec :
--> S : surface (en m² )
--> ρ : masse volumique de l'air (en kg/m³ )
--> V : vitesse (en m/s)
--> Cx : coefficient de traînée
De ce coefficient de trainée Cx est né le nom d'une voiture commercialisée par Citroën : la Cx. Par cette appellation, le constructeur a souhaité mettre en avant l'aérodynamisme de son nouveau modèle.
La portance, force perpendiculaire à la direction de la vitesse et dirigée vers le haut, résultat du mouvement d'un corps dans un fluide, est négative dans le cas de la Formule 1. La force est donc dirigée vers le bas, c’est pour cela qu’on parle de déportance. Elle afflue notamment sur les deux ailerons. L'importance de cette déportance est décrite dans le théorème de Bernoulli : de par la forme d’aile inversée de chaque aileron, une dépression sous l'aileron permet une meilleure adhérence à la piste.
La formule de la portance est Fz (en N) = 1/2 × S × ρ × V² × Cz, avec :
--> S : surface (en m²)
--> ρ : masse volumique de l'air (en kg/m³)
--> V : vitesse (en m/s)
--> Cz : coefficient de portance

Schéma récapitulatif et représentatif des forces agissant sur la Formule 1 en mouvement vers l'avant
Le coefficient de traînée Cx permet, grâce à des calculs de logiciel, de déterminer la résistance d’une forme face au vent. Le Cx se situe entre 0,05 (goutte d’eau) et 1,4. Par le biais du biomimétisme, le perfectionnement de l’aérodynamisme des voitures est copié selon les lois physiques présentes dans la nature.

Ci-dessus, est présenté le Cx de trois formes différentes. On remarque que la goutte d'eau a la forme la plus aérodynamique, elle prend cette forme au cours de sa chute.
Le Cx représente donc une valeur qui permet de mesurer la résistance d'une forme face à un fluide, en l'occurrence l'atmosphère terrestre. Il faudra donc distinguer cette résistance avec celle des pneumatiques contre le sol (résistance au sol).
Si tout le monde a tendance à dire qu'un Cx faible est une bonne chose, c'est loin d'être le cas. En effet, un Cx bas indique que le véhicule a un appui aérodynamique très moyen, au contraire les véhicules de Formule 1 les plus performantes possèdent un Cx très élevé car les monoplaces ont besoin d'un appui aérodynamique for pour ne pas décoller sous l'effet de la vitesse.
Pour calculer cette valeur, de nombreux tests sont faits en soufflerie. L'exemple ci-dessous illustre notre propos par la réalisation du test au sein d'une soufflerie du groupe Mercedes.
2. Avantages et inconvénients
En toute logique, plus le Cx du véhicule est faible, moins il y a de frottements de l'air, et plus la voiture sera rapide à travail de moteur égal.
La résistance de l’air est négligeable à petite vitesse mais augmente de manière exponentielle avec la vitesse du véhicule. En effet, la résistance à l’air entre 250 et 300 km/h est bien plus importante qu’entre 30 et 50 km/h. Le moteur nécessitera une moindre consommation d'énergie dès lors que son Cx est faible. La vitesse est naturellement améliorée dans ce cas de figure.

Les avantages sont plus nombreux que les inconvénients lorsque le Cx diminue :
- la réduction de la consommation d’essence, comme énoncée ci-dessus
- le perfectionnement de la vitesse, qui résulte logiquement de la limitation des frottements de l’air et libère le véhicule des entraves de la résistance à l’air
- la réduction des nuisances sonores dues aux frottements de l'air sur le véhicule.
Un des inconvénients majeurs de la diminution du Cx reste une perte d'appui aérodynamique qui favoriserait alors les sorties de route des véhicules. La complexité du travail des aérodynamiciens consiste alors à trouver le meilleur équilibre entre un Cx faible et un appui idéal du véhicule sur la route du circuit.
3. Les ailerons, une caractéristique aérodynamique de la Formule 1
Les deux ailerons, avant et arrière, de la Formule 1 ont une forme d’aile inversée. Ainsi, l’air passant sur le côté bombé parcourt donc une distance plus grande que l'air passant au même moment sur le côté plat de l'aile. De ce fait, l'air passant au dessus de l'aileron (côté plat), atteindra plus rapidement l'extrémité arrière de l'aileron. Ceci crée une dépression (théorème de Bernoulli), engendrant une force appelée "déportance" ou "portance négative", augmentant l'appui du véhicule sur la route.
Il est important de noter que les ailerons d'une voiture de Formule 1 se situent au niveau des roues, ce qui permet à la déportance d'appuyer directement sur les pneumatiques du véhicule, produisant ainsi une meilleure adhérence au sol. Ceci permet au pilote une négociation idéale des virages de façon plus rapide et plus proche de la courbe intérieure de la piste.
L’aileron avant est une partie essentielle de la Formule 1. L'aileron est constitué d’une base inférieure plane en fibre de carbone,d'une longueur légèrement inférieure à celle couverte par les roues avant.
A cette base, nommée grand profil (1), s'ajoutent plusieurs autres pièces :
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Un profil réglable (2), renforçant l'appui aérodynamique, et servant à guider le flux d'air vers les pontons latéraux
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Une série de profils verticaux de taille réduite placés de part et d'autre de la base inférieure (3) assurent une circulation de l'air en dessous et au dessus du véhicule plutôt que de façon latérale, limitant considérablement les frottements de l'air avec les pneumatiques.
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Le museau (4) est l'unique point de rattachement de l'aileron au reste de la voiture.
Le rôle de l'aileron avant est indispensable puisqu'il est responsable de près d'un quart de l'appui aérodynamique total de la voiture. On constate par ailleurs que cet appui chute considérablement jusqu'à devenir pratiquement nul lorsqu'un véhicule de Formule 1 se place juste dans l'axe de la voiture qui le précède. Cette stratégie de pilotage qui consiste à "prendre l'aspiration" permet au pilote de s'affranchir des frottements de l'air augmentant ainsi considérablement la vitesse de son véhicule.
Une innovation récente, datant du début des années 2000 consiste en l'installation de façon verticale de petits éléments, aux extrémités de la base inférieure de l'aileron avant : les end plates. L'objectif de leur installation est de protéger les pneumatiques avant du flux turbulent de l'air, optimisant ainsi l'aérodynamisme de la Formule 1. Les écuries McLaren et Ferrari sont allées encore plus loin en adaptant la forme de ces end plates et en surélevant les extrémités de l'aileron. Cette modification permet d'éloigner encore un peu plus les frottements de l'air sur les pneumatiques de la voiture. Rapidement, toutes les écuries adoptent ce système et aujourd'hui encore les end plates sont activement étudiées pour trouver de nouvelles sources d'amélioration.

L’aileron arrière, symbole incontournable des Formules 1, reste cependant un élément indispensable de la conception du véhicule. En effet, ce dispositif de faible masse (7 kg environ) peut apporter jusqu'à 1000 N d'appui au véhicule. De plus, lors de chaque compétition, il sera façonné de façon à s'adapter à la forme du circuit. Sur un circuit constitué de longues lignes droites, tel que celui de Monza (Italie), l'angle de l'aileron arrière sera très faible et le nombre de plans horizontaux réduits favoriseront une vitesse optimale sur le circuit. Sur un circuit plus sinueux, tel celui de Monaco, une forte adhérence est indispensable. Les ailerons sont alors constitués d'un grand nombre de plans horizontaux, et les angles sont fortement ouverts. Cela permet d'augmenter la déportance, mais entraîne une incidence négative sur la traînée de la voiture. Là encore, il s'agit pour les ingénieurs des équipes de Formule 1 de choisir le juste équilibre entre l'adhérence du véhicule et ses performances de course.
Monza


Monaco


L'illustration ci-dessous montre les différents éléments qui constituent l'aileron arrière :
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l'élément principal (1) est situé en haut. Son nombre peut varier entre deux et trois. Il est conçu de telle sorte que le pilote puisse régler, pendant la course, l'angle de braquage.
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l'élément du bas (2) apporte non seulement l'appui du véhicule sur la route, mais aussi un renforcement de l'extraction de l'air par le diffuseur au niveau de l'underbody (fond plat de la carrosserie).
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Les parties latérales de l'aileron (3) empêchent l'air de s'échapper sur les côtés du véhicule assurant ainsi une pression maximale , et donc une adhérence optimale.
C'est depuis la réglementation de 2001 que l'aileron arrière ne peut pas être constitué de plus de trois éléments.
Lors de tests effectués en soufflerie, on a pu constater que la suppression des deux ailerons avant et arrière entraîne une diminution importante de la traînée, mais aussi de la déportance, et ce de façon différente pour chacune de ces données. En effet, la diminution est significativement moins importante pour la traînée que pour la déportance. Or, en Formule 1, l'objectif des aérodynamiciens est d'obtenir une traînée minimale, pour une déportance maximale. On comprend ainsi l'intérêt des ailerons avant et arrière qui, vont certes légèrement ralentir le véhicule, notamment en ligne droite, mais assurer le maintien de façon considérable de la voiture sur la route, particulièrement dans les virages. Pour mémoire, un grand nombre d'accidents de "décollage de la piste" ont eu lieu sur les Championnats de Formule 1, incitant les écuries à revoir de façon précise la conception des ailerons.
Bien au delà de la Formule 1, l'installation d'ailerons a été repris dans le monde de l'automobile et est encore largement utilisée de nos jours par les marques de luxe en particulier : Porsche, Ferrari, Bugatti, ont ainsi assuré une meilleure tenue de route, une réduction de la consommation de carburant, une diminution de la nuisance sonore, et donc un meilleur confort de leurs modèles les plus puissants. Le principe de l'installation de ces ailerons est le même que pour la Formule 1, si ce n'est qu'ils ont la possibilité de se rétracter à faible allure ou de se mettre en place au delà d'une certaine vitesse.
